Les syndicats déplorent diverses tentatives de dialogue avortées.
«Notre débrayage est une riposte contre l'absence du dialogue avec les responsables de l'Ordre des médecins et l'amendement de la loi régissant la profession est une nécessité». C'est en ces termes que les membres de la Commission nationale de coordination des syndicats des médecins déplorent ce qu'ils considèrent être la lenteur quant à la refonte de loi régissant l'Ordre des médecins. Une refonte qui tarde à se concrétiser et l'attente risque de perdurer, indique-t-il.
«Nombreux sont les sit-in, les grèves et les protestations que nous avons amorcés pour pointer du doigt une situation préjudiciable aux médecins et aux citoyens», précise Jalal Hassoun, secrétaire général du bureau local du Syndicat de l'enseignement supérieur, lors de la conférence de presse organisée récemment par la coalition syndicale.
Rien n'a changé depuis la nomination, le 7 décembre 2006, de Moulay Tahar Alaoui à la tête du conseil de l'Ordre, selon les dires du professeur Hassoun. «L'actuel président a pour mission d'œuvrer, dans une période transitoire, à créer, en collaboration étroite avec le ministère de la Santé, l'Ordre national des médecins, et les Syndicats nationaux représentant les médecins, les conditions propices pour la préparation rapide des textes juridiques nécessaires en vue de la refonte de la loi actuelle régissant cette instance», ajoute-t-il.
Il semble que les médecins sont déterminés à entamer la grève et le sit-in le jeudi 18 février. « Les médecins réclament à haute voix un conseil fort et responsable, dans un contexte de crise aiguë de la santé publique», souligne l'un des représentants des médecins.
Pour rappel, la réponse du président est pourtant claire : « nous sommes avec la démocratisation et la modernisation du secteur. Notre nomination par S.M. le Roi Mohammed VI s'inscrit dans cette perspective.
Ma mission est d'œuvrer dans une période transitoire à créer, en coordination avec le ministère de la Santé, l'Ordre national des médecins et les Syndicats nationaux les conditions nécessaires afin d'élaborer les textes juridiques pour une refonte globale du secteur», nous a-t-il déclaré récemment.
Et d'ajouter: «Nous avons déjà préparé un projet de loi en parfaite harmonie avec la dynamique de démocratisation des instances du Conseil des médecins. Mais le désaccord persiste autour de l'élection du président et du reste des membres du Conseil national par les médecins. Cette position, d'ailleurs, ne traduit pas la volonté de l'ensemble des syndicats».
Manque d'effectifs dû aux départs volontaires, surmenage des internes, bas salaires, déficit au niveau de la médecine rurale, absence de conscience et de bon sens… Les problèmes du secteur de la santé sont légion. L'Ordre des médecins doit veiller à ce que tous les médecins exercent correctement leur profession. C'est le principe. Mais les pratiques non conformes aux lois sont très répandues: «Le charlatanisme, la vente de médicaments sans ordonnance médicale ou ‘‘l'automédication'', le développement des pratiques illégales entre certains médecins...», fustige le Dr. Mohamed Naciri Bennani.
Pour rappel, les syndicats des médecins avaient entrepris un long bras de fer avec les responsables de l'ancien Conseil national de l'Ordre. Ils dénonçaient l'inertie de l'ancien Ordre responsable de l'état déplorable de la profession et la détérioration du secteur : fermeture de cabinets, migration de médecins marocains à l'étranger et pire encore, l'exercice illégal de la médecine sous toutes ses formes au su et au vu de l'Ordre censé veiller sur la santé des citoyens, contrôler et empêcher les conventions illégales, entre des médecins et certaines sociétés. Les syndicats ont toujours demandé la refonte immédiate de la loi 11-94 régissant le Conseil national de l'Ordre des médecins en vue de moderniser le fonctionnement de toutes ses instances.
La Commission de coordination demande un Ordre national unifié et fédérateur de tous les médecins, médiateur qui portera l'appellation ‘‘Association nationale'' doté des prérogatives et mécanismes de contrôle, de révision, d'instauration de programmes et de perspectives générales.
Enfin, ils verraient d'un très bon œil que l'on tourne la page et faire table rase du passé, et décider une amnestie générale sur le non-paiement des cotisations pour que les médecins participent aux élections prochaines sans discrimination.
Chronologie de l'Ordre des médecins
Le premier texte instituant un Ordre des médecins remonte au dahir du 1er juillet 1941, soit neuf mois après l'institution de l'Ordre des médecins en France le 07 octobre 1940, loi modifiée par le dahir du 07 mai 1949. Pendant le protectorat, les membres des conseils étaient élus en assemblée générale tenue obligatoirement à la fin de chaque année, mais vu le nombre réduit des médecins marocains, les conseils étaient contrôlés par les médecins français, (500 médecins français exerçant au Maroc en 1956-1957, et 32 autres médecins marocains). A l'aube de l'indépendance, les médecins marocains ont revendiqué le changement du dahir du 07 juin 1949 organisant l'Ordre des médecins, et pour défendre leurs revendications, ils ont constitué le 17 janvier 1958 le Syndicat professionnel des médecins du secteur privé du Maroc présidé par Dr Abderrahmane Tazi. En 1959, le gouvernement procéda à la désignation des membres des conseils de l'Ordre sur une liste présentée par le ministre de la Santé, comportant le double des membres à désigner, jusqu'à la promulgation du décret royal du 11 décembre 1965, qui a introduit des modifications sur la structure des conseils de l'Ordre. Décembre 1995, les revendications demandent le changement de la loi organisant l'Ordre des médecins en vue de sa démocratisation et notamment l'élection des présidents des instances ordinales. Le 21 novembre 1996, la loi 11-94 a modifié et complété le dahir portant loi n° 1-84-44 du 21 mars 1984, relatif à l'Ordre national des médecins. Le 28 janvier 2001, le Syndicat des médecins du secteur libéral a boycotté les élections du conseil de l'Ordre.
Repères
- Port des brassards
Les soins d'urgence, les services de réanimation vont effectuer normalement leur travail pour ne pas mettre la vie des patients et des citoyens en danger. Le port des brassards sera le signe de soutien à la grève.
- Code déontologique caduc
Le code déontologique du conseil de l'Ordre des médecins, régissant la profession, est caduc. Il date de 1953, signé par le général français Gauillaume
Par Abderrahim bourkia
LE MATIN du 11/02/2010